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CONFIDENCES INTIMES

Confidences intimes de Sophie, qui a perdu son père il y a deux ans.

Après la lecture de Be My Last Dance.

Il y a des évènements dans la vie qui vous marquent à tout jamais. Ils vous affectent au point de parfois changer celle ou celui que vous êtes. J’ai perdu mon père il y a deux ans et je sais que je ne serai plus jamais la même. Il y a désormais un avant et un après.


Tout a commencé par l’annonce terrible de son décès. Mon père, que j’avais vu une semaine plus tôt, nous avait quittés, comme ça, subitement. Je me souviens que j’étais plongée dans mon bain, comme tous les dimanche soir, me relaxant au milieu d’une mousse aérienne et abondante, quand mon mari a surgi et m’a tendu mon téléphone : « Sophie, c’est ta mère ». À sa voix émue et à son regard attristé, j’ai compris qu’il s’était passé quelque chose de grave. De très grave. Et j’ai tout de suite compris que cela concernait mon père. Lorsque le mot tant redouté a été prononcé – mort – les larmes ont coulé instantanément, des « non » ont jailli avec effroi de ma gorge avec un timbre que je ne reconnaissais pas. Mon corps, lui, s’est instinctivement recroquevillé, comme s’il voulait nous enfermer, lui et moi, dans un cocon protecteur, un monde dans lequel mon père serait encore vivant. J’étais nue, dans cette eau subitement gelée, qui n’avait plus rien d’apaisante. Je tremblais de tout mon être. Les enfants ont débarqué, interpellés par mes cris de détresse. « Papy est parti », leur a expliqué mon mari. Et là, entre mes sanglots, j’ai vu leurs larmes, j’ai lu leur peine.

J’ai perdu mon père. Mais eux, ils avaient perdu leur grand-père. Celui qui leur a appris un tas de choses, avec qui ils ne respectaient pas les heures de coucher, ni le nombre de bonbons qu’ils avaient le droit de manger, celui qui leur laissait tout passer.


C’est violent, l’annonce de la mort d’un être qui nous est cher. Ça vous déchire de l’intérieur, ça vous piétine le cœur, ça le pulvérise même. En une fraction de secondes, il est en miettes. Et ce puzzle, il sera très compliqué d’en réunir les cavités. Le temps atténue la douleur, paraît-il. J’attends encore qu’il atténue la mienne.


Très vite, vous comprenez que votre vie ne sera plus jamais la même. Qu’on ne pourra plus jamais dire des banalités telles que : « vous venez manger ce week-end, Papa et toi » ? ou « Maman, tu peux me passer Papa, j’ai un truc à lui demander ?». Peu à peu, on mesure tout ce qu’on a perdu. On ne pourra plus l’embrasser, le laisser nous prendre dans ses bras, entendre son rire, sa voix. Il y aura toutes ces premières absences qu’on devra encaisser. Noël, la fête des pères, celle des grands-pères, les anniversaires, les séjours qu’on organisait en famille. Il ne verra plus nos enfants grandir. Il ne fêtera pas leur majorité. Il ne fêtera plus rien. On se rend compte que toutes les petites choses quotidiennes sont liées à lui d’une manière ou d’une autre. Ce plat qu’il adorait, ce sac qu’il nous avait offert, cet endroit qu’on avait découvert ensemble. 


Dans chaque pièce de ma maison comme dans chaque instant que je vis, il y a toujours un petit quelque chose qui me fait penser à lui.


Deux ans plus tard, j’ai l’impression que la douleur est aussi vive qu’au premier jour, l’effet de surprise en moins. En perdant mon père, j’ai perdu une partie de moi. Il me manque, tous les jours. Mon cœur se serre, tous les jours. Il y a cette force que j’avais et qui a disparu avec lui. À un moment, j’ai bien cru que j’allais crever de chagrin. Et pourtant, je suis toujours là. Je suis toujours moi, mais un peu moins moi quand même.


De temps en temps, je suis assaillie par les regrets : je regrette ce que je ne lui ai pas dit, ou pas suffisamment répété. Papa, tu le sais que je t’aime, hein ? Tu me manques. Cruellement.


- Maman, pourquoi tu pleures ? 

- Papy me manque. 

- Allez sois pas triste maman. On est là, nous.

- Tu as raison, mon chéri.


Oui, il a raison. La vie continue. Mais elle aurait été plus belle avec lui.

Le blabla d'Avril: Texte

CONFIDENCES INTIMES

Confidences intimes de Lisa, victime de violences conjugales. 

Après la lecture de Sienna, me venger de lui.

Parfois, certaines choses qu’on pensait réglées remontent à la surface sans crier gare. C’est sans doute parce qu’elles n’étaient pas bien loin, qu’elles traînaient dans un coin, attendant le moment propice pour se rappeler à notre « bon » souvenir…


J’ai cru que j’avais réussi à tourner définitivement une page de ma vie, une page que j’ai tout fait pour oublier. À tel point que je me suis sentie prête à lire Sienna, comme si le thème abordé m’était devenu étranger. Après tout, à force d’entraînement, lorsque les mauvais souvenirs pointent le bout de leur nez, on sait parfaitement manier le rideau qui cache ce que l’on ne veut plus voir. Hop, on tire d’un coup sec et tout disparaît comme par magie. 

Aujourd’hui, j’ai compris que vouloir effacer des évènements douloureux ne suffisait pas. J’ai toujours su qu’il fallait accepter le passé pour avancer. Mais il y a une différence entre savoir quelque chose et le comprendre.


Quinze ans plus tard, cette page dont j’ai honte et sur laquelle je dois régulièrement remettre un mouchoir en place, est réapparue. D’habitude, je la tourne rapidement, pour m’empêcher de trop en lire les lignes. Sauf que là, étrangement, j’ai senti que je ne parviendrai pas à la tenir à l’écart aussi facilement.


Il y a quinze ans donc, alors que j’étais en couple, j’ai rencontré un homme. Plus âgé que moi, marrant, sympa. Tu sais, ce genre de mec qui ambiance les soirées. Pour le reste, sa réputation le précédait : infidèle, bagarreur, fêtard. À l’époque, j’avais 25 ans et ma relation avec mon petit ami s’étiolait. Je m’ennuyais à un âge où j’étais censée être enjouée. 

Je me souviens des mots de ma meilleure amie : « Ok. Il te plait, mais avec ce mec-là, tu t’amuses, c’est tout. Ne pense pas construire quoi que ce soit ». Je lui avais assuré que je ne recherchais rien de sérieux. Évidemment, je n’en pensais pas un mot. Au fond de moi, je me disais que tout le monde se trompait à son sujet et qu’avec moi, tout serait différent.

Il y avait des feux rouges qui clignotaient partout autour de moi. Tout le monde m’avait prévenu à son sujet et malgré les nombreuses sonnettes d’alarme, j’ai pris la pire décision de ma vie : j’ai quitté mon petit ami pour sortir avec lui. Choisir, c’est renoncer. Dans ce cas précis, ce que j’ai choisi, c’est un aller simple pour l’enfer.

C’est une réplique de la série Maid qui vient de tout faire ressurgir. La question des violences conjugales y est traitée avec beaucoup de justesse. Alex, l’héroïne, ne se considère pas comme victime puisque son compagnon n’a jamais levé la main sur elle. Mais est-ce qu’être victime de violences conjugales implique nécessairement la violence physique ? La réponse est évidente. Non. Je le savais. Mais je ne l’avais pas encore compris.

Est-ce que j’ai été victime de violences conjugales ? J’ai toujours répondu non à cette question. Parce que je n’ai jamais été frappée.

Mon ex était alcoolique (et l’est probablement encore) et quand il buvait, il était verbalement menaçant. Je ne peux pas relater tout ce que j’ai subi au cours de notre relation. Il y a eu tellement d’évènements improbables. Je crois surtout que je n’ai pas envie de revivre chaque épisode de violence morale que j’ai subi. Les feux clignotaient d’un rouge de plus en plus vif mais je fermais les yeux pour ne pas les voir. Avec moi, il allait être différent. J’allais le réparer.

En vivant avec cet homme, mon quotidien, c’était de ne jamais savoir à quelle heure il allait rentrer, s’il allait rentrer tout court, et surtout dans quel état il serait. 

Mes week-ends se résumaient à sortir là où il voulait aller et à négocier pendant des heures pour rentrer. Sa phrase préférée ? « Je finis mon verre et on y va ». Mais son verre, il ne se vidait jamais. Autrement dit, dès que je tournais la tête, il se remplissait comme par magie. À la fin, il ne prenait même plus la peine de faire semblant. Pour rester polie, disons qu’il m’envoyait paître.

Comment expliquer ce que j’ai encaissé jour après jour, nuit après nuit ?


Est-ce que j’ai fui en pleine nuit, lorsqu’il m’a appelée complètement ivre pour me dire qu’il rentrait me régler mon compte ? Oui. 

Est-ce que j’ai fini par réagir en allant porter plainte au commissariat ? Oui. Sauf que l’agent a souri lorsque je lui ai raconté les mots qu’il avait utilisés pour me menacer. Je me souviens avoir eu l’impression d’être prise à la légère. Il m’a conseillé de déposer une main courante, plutôt que de prendre ma plainte. J’ai appris plus tard qu’il n’y avait aucune trace de ma venue au commissariat et que déposer une main courante ne servait strictement à rien.

Est-ce que je prenais parfois la voiture lorsqu’il découchait, pour essayer de le retrouver ? Oui.

Est-ce que j’ai rompu avec lui une dizaine de fois avant de lui pardonner parce qu’il pleurait au téléphone et me suppliait de lui laisser une chance, me promettant que cette fois, il allait arrêter de boire ? Oui.

Est-ce qu’il m’a trompée ? Oui. Et sans protection bien sûr. Je l’ai appris après notre rupture mais je ne saurai jamais combien de fois c’est arrivé ni avec combien de filles différentes. Quoi qu’il en soit, en plus de faire face à une rupture (définitive cette fois) avec un homme fou de rage, j’ai dû aussi supporter l’attente des résultats d’un test HIV, priant pour qu’il ne m’ait pas volé ma santé, en plus du reste.

Est-ce que j’ai honte en écrivant ces mots ? Oh que oui. Mille fois oui. J’ai honte d’avoir accepté de subir tout ça. Je me souviens avoir été extrêmement gênée en pénétrant dans ce commissariat pour raconter les menaces délirantes de mon compagnon, comme si finalement, j’étais coupable de ce qui m’arrivait. 

« Si c’était moi, je n’aurais jamais accepté ça. Je serais partie ». Ces mots, je les ai prononcés. Avec force et certitude. Et pourtant…Il suffit d’une rencontre à un moment où vous êtes vulnérable pour basculer du côté de l’impensable, pour accepter ce que vous étiez persuadé ne JAMAIS tolérer. Tout cela est le fruit d’un long processus. L’emprise, l’isolement, l’humiliation, la violence verbale. Quand on en arrive à ce stade, il est déjà trop tard. On a le nez dedans, on n’a plus le recul nécessaire.

J’ai détesté celle qu’il a fait de moi. J’étais soumise, j’étais jalouse aussi, je tournais dans l’appartement comme un lion en cage quand il était en retard, je devenais dingue quand il ne décrochait pas son téléphone. Je n’étais plus moi.

J’ai fait souffrir mes proches. Mes parents étaient malades de savoir que je vivais avec lui. Je n’ose même pas évoquer ce dîner où il est arrivé en retard, mais fier d’être là parce qu’il savait que c’était important pour moi. Fier… alors qu’il était bourré et n’arrivait pas à aligner trois mots. Je revois encore le regard dépité de mes parents lorsqu’ils sont partis. 


Jusqu’à présent, j’ai toujours considéré que je n’avais pas été victime de violences conjugales. Après tout, il ne m’a jamais frappée, non ? Il m’a « juste » menacée. « Juste » rendue folle, malheureuse, effrayée, terrifiée. « Juste » isolée de ma famille, de mes amis, de moi-même. 

Il m’a fallu quinze ans pour admettre que j’ai été une victime de violences psychiques pendant de longs mois. Des longs mois dont, quinze ans plus tard, je ressens encore les effets. Je ne pourrai jamais les effacer complètement, il n’y a pas de produit miracle pour cela. Elles font parties de moi et ont forgé celle que je suis aujourd’hui. Elles m’aideront à trouver, je l’espère, les mots justes auprès de mes enfants, afin qu’ils ne soient ni victimes, ni bourreaux.


Aujourd’hui, j’ai envie de demander pardon.

Pardon à ce garçon que j’ai quitté de la pire des manières pour un homme violent et alcoolique. Je ne l’aimais plus mais il ne méritait vraiment pas que je le quitte comme ça.

Pardon à mes proches, qui n’ont pas eu d’autres choix que d’accepter ce connard à leur table pour préserver leur relation avec moi.

Pardon à cette femme de 25 ans, qui n’aurait jamais dû subir ça. Je n’ai pas su la défendre et je ne comprends toujours pas pourquoi.


Confidences intimes de Lisa, victime de violences conjugales

Le blabla d'Avril: Texte
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